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Archive pour la catégorie ‘La Chronique des Sommeliers’

Gevrey-Chambertin et Morey-Saint-Denis par une belle journée printanière…

C’est par une matinée presque estivale que Dijon nous accueille en cette fin avril.

Nous empruntons la route des vins et après avoir traversé les villages de Marsannay et Fixin, nous arrivons au cœur de Gevrey-Chambertin où a lieu notre premier rendez-vous : Alain Burguet.

L’homme est charmant, direct et sa connaissance du terroir impose le respect.

Alain Burguet nous explique son approche en agriculture biologique depuis une trentaine d’années et sans le revendiquer dans un marketing de mode.
Son implication dans le vignoble (patiemment constitué au fil des ans) et sa rigueur (double tri des raisins avant les fermentations) lui permettent une intervention minimale durant l’élevage.

Son travail, aussi bien à la vigne que dans les chais, s’illustre admirablement lors de notre dégustation qui commence par un Bourgogne 2009 au nez confit, à dominante de griotte et s’ouvrant sur de fines fragrances de vanille-torréfiée, un vin pour les gourmands !!!

Nous avons dégusté une quinzaine de crus parmi lesquels nous avons particulièrement apprécié le Gevrey Chambertin Mes Favorites 2010, issu de vignes de plus de 70 ans, qui malgré un nez encore adolescent (le vin est en cours d’élevage) a l’élégance, l’équilibre et la fraîcheur par lesquels Alain Burguet se démarque des autres vignerons de l’appellation.

S’ensuit une visite des différents climats dans la mosaïque des parcelles de Gevrey-Chambertin avant de déjeuner à Morey-Saint-Denis où nous attend Jeremy Seysses du Domaine Dujac. (Par ailleurs très bon repas au restaurant Castel de Très Girard).

Le Domaine Dujac, créé en 1967 par Louis Seysses, se différencie par un style plus puissant, nécessitant une certaine garde. En effet, la plupart des 2009 dégustés présente un magnifique potentiel mais qui mérite un affinage en bouteille de plusieurs années. Nous noterons entre autre un Gevrey 1er Cru Les Combottes 2009 au nez torréfié, mur et intense, aux tannins puissants. Cerise sur le gâteau : Jérémy Seysses nous fait l’immense plaisir d’ouvrir un Clos de la Roche 1990 (vin actuellement introuvable …) qui illustre parfaitement la capacité d’évolution des magnifiques vins du domaine sur des notes de fruits secs, de sous bois et de cuir, une merveille !

Encore une fois une très belle journée avec des vignerons passionnés et talentueux, aux styles bien différents qui nous rappelle que la complexité et la chaleur humaine font partie intégrante des vins de Bourgogne.

L’équipe des Sommeliers
Diane Fenart, Frédéric Turpaud et Brice Mancelet

Bordeaux 2010 : premières impressions

Avec les millésimes 2009 et 2010, Bordeaux réalise le même « coup de maître » que pour 1989 et 1990 !

Deux immenses millésimes et pourtant bien différents

2009 : des vins pulpeux, tout en chair et très spectaculaires
2010 : la pureté, l’élégance et la grâce

Il me paraît difficile après tous les superlatifs employés l’année dernière de dire mieux et pourtant, 2010 me semble encore supérieur. Certes, pas dans le plaisir immédiat mais pour les plus patients d’entre nous, sur le long terme. Un vrai grand millésime de garde

2009 semblait bon dans l’ensemble du vignoble bordelais, tel un millésime facile à élaborer. 2010 est beaucoup plus hétérogène. Dans une année de grande sècheresse, avec des degrés d’alcool extrêmement élevés, les Cabernet Sauvignon médocains ont moins souffert que les Merlot de la Rive Droite qui, eux, peuvent parfois présenter des tannins sévères, voire un peu secs.

Mes coups de cœur 2010 vont à deux vins :

- Vieux Château Certan à Pomerol.

Loin d’être une surprise, Alexandre Thienpont signe un vin exceptionnel, frais, dense, velouté et infiniment complexe.

- Château Pontet Canet à Pauillac.

Rarement un Cabernet Sauvignon médocain en cours d’élevage m’a autant impressionné ! La complexité aromatique, la texture, l’équilibre de ce vin, tout est sublime. Quelle part peut-on donner à la culture biodynamique dans la réussite extraordinaire de cette propriété depuis quelques millésimes (Pontet-Canet est le seul cru classé bordelais à être certifié) ? Le sujet porte à réflexion…

le 19 avril 2011
Pierre Bérot
Directeur des Caves Taillevent

Lundi 10 janvier 2011 – Allemagne –Egon Müller

Aujourd’hui nous choisissons une destination qui, à priori, ne fait pas forcément rêver les foules !
En effet, nous partons dans la Sarre, au sud de la Moselle allemande …

6 heures du matin Gare de l’Est, il fait gris et vraiment froid mais on nous promet une grande journée ensoleillée derrière la frontière (voir photo…)

Une heure trente de TGV pour rejoindre Metz et presque autant en voiture pour arriver enfin dans le saint des saints, au Manoir du Scharzhof propriété d’Egon Müller, au pied du Scharzhofberger, un des plus grands terroirs d’Allemagne.

Ici, sur les 8 hectares qu’Egon Müller possède, un seul cépage règne : le Riesling.

Tout au long de notre dégustation, nous allons redécouvrir un cépage qui nous semblait pourtant familier en Alsace. Car les Rieslings d’Egon Müller, lorsqu’ils sont plantés sur ce Scharzhofberger, ont une définition aromatique, une précision et une complexité que nous n’avons jamais rencontrées ailleurs.

Kabinett, Spätlese, Auslese, Beerenauslese, Trockenberenauslese, Eiswein… ces noms, assez compliqués à mémoriser la première fois, classent les vins allemands en fonction de la maturité des raisins.

Ainsi, un Kabinett sera un vin assez sec et frais. Un Spätlese est un vin issu de vendanges tardives (il peut cependant être vinifié en sec !). Un Auslese quant à lui provient de raisins cueillis en grande surmaturité, un Beerenauslese est une sélection de grains nobles (atteint par le champignon Botrytis). Un Trockenberenauslese est une sélection de grappes de raisins desséchées issus de la sélection de grains nobles ! Enfin, un Eiswein est un vin de glace, on récolte les raisins lorsqu’ils sont gelés et on les presse immédiatement afin de récupérer uniquement les jus issus des raisins les plus concentrés.

Après la dégustation de la Gamme sur le millésime 2010, Egon Müller nous fait partager quelques merveilles de sa cave.

Kabinett 2009 et 1990, un vin à parfaite maturité, puis Spätlese 64 et là… première très grosse émotion ! En effet, on se remémore immédiatement nos plus grands souvenirs « français ». Le nez génial d’un Riesling Clos Saint-Hune 1976, la bouche grasse et dense (ce n’est pas, à priori, une spécificité du Riesling !) d’un Corton Charlemagne 90 et une finale plus longue qu’un grand Sauternes 67… tout cela dans le même verre !

Le temps de « revenir sur terre » avec les vins du Château Bela (Egon Müller possède également une propriété en Slovaquie) pour mieux préparer la bouche à deux merveilles : Icewein 87 et Trockenberenauslese 87 … Evidemment, ces vins ont un taux de sucre résiduel très élevé, plus de 300 grammes, mais l’acidité, l’harmonie, l’équilibre en général est unique et absolument somptueux. Nous n’avons jamais dégusté, ailleurs, des vins liquoreux de ce niveau là !

Il faut quand même savoir que les grandes cuvées de la propriété se vendent en quasi totalité aux enchères en Allemagne et que leur prix varie entre 1 500 et 3 000 euros la bouteille, sur des millésimes récents évidemment…

Izumi Chinen et Pierre Bérot

Mardi 23 Novembre – Côte Rotie et Hermitage

11 heures – Mauves – Domaine Jean-Louis Chave

Il existe quelques moments assez exceptionnels dans notre métier. Quelques moments où nous mesurons vraiment notre chance. Rencontrer Jean-Louis Chave chez lui, sur les bords du Rhône, à Mauves, fait partie de ces instants magiques.

Et pourtant, cela ne commence vraiment pas ainsi ! En ce mardi 23 novembre le ciel est bas, la pluie guette, les vignes sont tristes et puis, on peut le dire, Tain, Tournon-sur-Rhône ou Valence ne vont pas rentrer tout de suite au Patrimoine mondial de l’Unesco !

Jean-Louis Chave est un sage. Loin des grands discours, il s’excuse presque de faire des grands vins, martelant que c’est grâce au terroir et que lui n’y est … pour rien. Ici, pas de leçon sur soufre ou pas soufre, pas de revendication biologique ou biodynamique ou autre.

Le Domaine est propriétaire d’une dizaine de climats sur les plus beaux terroirs de l’Hermitage. Granit, calcaire, argile, les parcelles sont vinifiées séparément et seules les plus réussies seront intégrées dans l’assemblage final. En effet, Jean-Louis Chave dit que l’Hermitage doit être une expression de l’ensemble des terroirs de l’appellation et non une cuvée isolée provenant d’une seule parcelle.

Après ces 2009 encore en élevage, très beau millésime, dense et généreux, Jean-Louis Chave nous ouvre « deux bouts de paradis » avec un millésime mythique : 1991. Le blanc, issu de Marsanne et de Roussanne est époustouflant : minéral et riche à la fois, il ne rappelle à aucun moment l’identité variétale du fruit, complètement effacée par la puissance et l’expression du terroir. Le rouge, issu exclusivement de Syrah bien sûr, semble un peu plus avancé dans l’évolution. Le nez est terriblement complexe et navigue du cuir aux champignons. La bouche est un monument, ample et interminable ! Cerise sur le gâteau : Jean-Louis Chave a produit en 1997 un vin de paille… du coing, du miel, un peu de sucre bien sûr mais surtout une fraîcheur et un équilibre fantastique… il n’en a plus jamais refait depuis !

15 heures – Ampuis – Domaine Jamet

Un court déjeuner et 60 kilomètres de route sont nécessaires … pour revenir sur terre … et pour nous rendre tout au nord du vignoble, tout près de Lyon, sur la Côte Rotie. C’est là, au dessus d’Ampuis que se trouve un des Domaines les plus recherchés de l’appellation, le Domaine de Jean-Luc et Jean-Paul Jamet.

Comme chez Jean-Louis Chave, la dégustation est orientée sur le millésime 2009 et comme chez Jean-Louis Chave, le Domaine est propriétaire d’une multitude de parcelles vinifiées séparément et assemblées à la mise. Chez les frères Jamet, pas de barriques neuves, on recherche la plus pure expression de la Syrah sur la Côte Rôtie, et il faut bien reconnaître que l’on y arrive ici comme nulle part ailleurs. On y retrouve ce coté floral de la violette, cette texture crémée et une finale mentholée. En fait, un peu comme dans les livres ! Les frères Jamet produisent des Syrah très pures, très droites, d’une précision ultime.

Valérie VRINAT et Pierre BEROT

Mardi 16 Novembre – Bourgogne 2/2

14 heures – Chambolle Musigny – Domaine Roumier

En compagnie de quelques visiteurs et clients, Christophe Roumier nous attend Rue de Vergy, au cœur de Chambolle.

La dégustation des 2009 est un peu délicate. Les vins ont été soutirés la veille et ne se dégustent pas dans les meilleures conditions. Chambolle Musigny Village, Morey Saint Denis Clos de la Bussière puis Chambolle Les Cras, Amoureuses et Bonnes Mares, tous ces vins présentent en 2009 un potentiel fantastique, avec cette texture et cette finesse si repésentative des vins du Domaine.

16 heures – Gevrey Chambertin – Domaine Denis Mortet

Nous ne sommes pas revenus au Domaine depuis la disparition prématurée de Denis Mortet, à l’hiver 2006. Denis Mortet était un immense vigneron, dont le travail en viticulture était pris en exemple par toute la Bourgogne et bien au-delà.
Aujourd’hui, sa femme Laurence et Arnaud, leur fils, gèrent la propriété.

C’est Arnaud qui dirige la partie technique à la vigne et à la cave. Les années passées à coté de son père ont fait de lui un vigneron extrêmement méticuleux et d’une grande exigence.
C’est en vinification qu’Arnaud a apposé sa «patte». Il le dit lui-même, son père élaborait des vins assez noirs et extraits, lui veut retrouver plus de fraîcheur et d’élégance.

Certains disent qu’ici l’élevage marque beaucoup et que ce bois masque l’expression du terroir. Nous trouvons ces remarques totalement injustifiées. Tous les vins du Domaine, du Bourgogne générique au Chambertin, sont pulpeux, gras et denses. Le Gevrey Chambertin village est tendre et soyeux mais garde une très belle tension. Le Lavaux Saint-Jacques possède déjà un volume impressionnant. Peu de Domaines en Bourgogne arrivent aujourd’hui à donner des vins avec tant de chair. Alors oui, les vins sont élevés en barriques neuves, la prise de bois est là mais le volume et la structure des vins la supportent largement.

Notre périple automnal nous conduira la semaine prochaine dans le nord de la Vallée du Rhône.

Valérie VRINAT et Pierre BEROT

Mardi 16 Novembre – Bourgogne 1/2

Les trois Domaines que nous visitons aujourd’hui ont largement contribué à la notoriété des vins de Bourgogne.

11 heures – Meursault – Domaine des Comtes Lafon

Stéphane Thibodaux, Directeur du Domaine nous reçoit. La dégustation est axée sur les 2009 sur fûts mais nous allons auparavant pouvoir gouter les vins du Mâconnais qui eux sont déjà en bouteilles.

Le Domaine du Mâconnais (Les héritiers du Comte Lafon) a été repris par Dominique Lafon en 1999. Les vins ont progressé de façon très significative depuis 10 ans. Avec les 2009, nous goutons des vins très précis, denses et complexes, en tous points remarquables.
Nos préférences vont sur le Macon Milly Lamartine « Clos du Four » et sur une nouvelle vigne acquise récemment en Viré-Clessé.

Sur fûts, la dégustation des vins du Domaine de Meursault est absolument exceptionnelle.
Il est vrai que le millésime 2009 s’est montré vraiment généreux. Les vins ont beaucoup de chair et sont particulièrement accessibles en dégustation. Les Clos des Chênes, Champans et Santenots (représentant les trois parcelles que possède Dominique Lafon sur la commune voisine de Volnay) font définitivement partie des plus grands vins rouges de la Côte de Beaune. Ces vins ont une texture et un velouté dignes des plus grands terroirs de la Côte de Nuits.

Les blancs sont impressionnants. Il est vrai que l’on touche ici à la quintessence du Chardonnay. Tous les vins, du Meursault Village au Perrières, en passant par les Charmes et les Gennevrières méritent des éloges. Minéralité, équilibre, longueur… tout y est !

La dégustation se termine en apothéose avec le Montrachet de la propriété, un « monstre » de longueur, sublime !

Valérie VRINAT et Pierre BEROT

Mercredi 10 novembre – Alsace

6 heures du matin gare de l’Est. Il tombe des trombes d’eau. Ce n’est à priori pas aujourd’hui que nous irons dans les vignes.

Les alsaciens nous parlent toujours de ce micro-climat… qui fait qu’ils seraient protégés par les Vosges à l’ouest et éviteraient ainsi bon nombre de perturbations. Nous y croyons à peine mais aujourd’hui, lorsque notre train quitte la Gare de Strasbourg pour se diriger vers Colmar, que la pluie cesse pour laisser même entrevoir un peu de soleil entre les nuages, nous sommes bien obligés de leur accorder le bénéfice du doute !

Nous voilà donc à Colmar, berceau de l’Alsace viticole.

Cette journée est un peu particulière car nous allons aujourd’hui à la rencontre de trois vignerons que nous ne connaissons qu’à travers leurs vins.

Eric Kientzler nous attend à 10 heures dans le Domaine de son père, André, à Ribeauvillé, un de ces merveilleux villages alsaciens. Le temps étant toujours fort clément avec nous, nous pouvons même prendre une petite leçon de géologie dans deux des Grands Crus de la commune, Geisberg et Osterberg. Puis, une dégustation intégrale des vins du Domaine suit, avec une gamme de Rieslings tout à fait exceptionnelle, dont l’un des plus réussis, « Cuvée François Alphonse », est justement l’assemblage des deux Grands Crus visités quelques instants plus tôt. A noter également un Muscat Ottonel de très haut niveau, planté sur le 3ème Grand Cru de la commune, le Kirchberg.

Notre promenade se poursuit en début d’après-midi plus au sud, à Ammerschwihr, sur le Domaine Martin Schaetzel, où son neveu, Jean, vinificateur hors pair et professeur d’œnologie passionnant et passionné, nous recoit. Nous goûtons, là aussi, des Rieslings d’une grande élégance, droits et minéraux, comme le Grand Cru Kaefferkopf peut en produire. Mais les vins qui nous ont le plus marqués ici sont ceux produits tout au sud du vignoble, près de Mulhouse, sur la commune de Thann, dans le célèbre Grand Cru Rangen. En fait, nous avons rarement dégusté en Alsace un vin comme ce 2008 ! Tout est là : équilibre, complexité, fraîcheur et volume. Jusqu’à aujourd’hui, cette émotion nous semblait exclusivement réservé aux plus grands terroirs de Bourgogne.

Plus tard dans l’après midi, nous nous arrêtons à Niedermorschwihr, au Domaine Albert Boxler. Jean, son petit-fils, a repris le Domaine à la suite de son père Jean-Marc, il y a quelques années, dès la fin de ses études de viticulture. Ici plus qu’ailleurs, on cultive le sol et ses différences. Les vignes d’un même Grand Cru ne sont même pas assemblées ; elles donnent des cuvées séparées où chaque cépage perd son identité variétale pour donner une expression de terroir à part entière. Les Pinots Gris, les Gewurztraminers ou les Rieslings sont d’une précision et d’une pureté rares. Même le Pinot Blanc est surprenant par son harmonie et son équilibre.

Retour à Paris dans la soirée et sous la pluie… les alsaciens avaient donc raison !

Camille BARTHELEMY et Pierre BEROT

Jura – Mercredi 27 octobre

Jura – Mercredi 27 octobre

06 h 30 Paris Gare de Lyon. Très belle journée d’automne, ensoleillée et froide, en perspective.

Aujourd’hui, nous partons pour Dôle. Finalement, la sous-préfecture du Jura n’est qu’à 2 heures de TGV de Paris et pourtant nous n’y allons jamais !

Il est vrai que l’essentiel de nos « tournées » se focalisent sur la Bourgogne, le Bordelais, le Val de Loire ou la Vallée du Rhône. Pourtant, le Jura est un terroir exceptionnel qui produit de grands blancs issus de Chardonnay, de très beaux rouges issus de Trousseau et de Poulsard et bien sûr des jaunes élaborés exclusivement à partir de Savagnin.

Nous voilà dès 10 heures tous près d’Arbois, à Montigny les Arsures, dans un Domaine historique du Jura : le Domaine Puffeney.

Nous allons, grâce à Jacques Puffeney, faire une dégustation vraiment exceptionnelle. Jacques Puffeney est un Sage, un homme discret et attachant. Jamais de longs discours, pas un mot plus haut que l’autre; ici la parole est au vin, nul besoin d’en rajouter.

Les chardonnays sont droits et minéraux sur chaque millésime, les poulsards sont d’une pureté incroyable avec des notes de fruits à noyaux uniques. Les vins jaunes, quant à eux, sont certainement, avec ceux du Domaine Macle à Château Châlon, les plus grands vins de voile au monde. Le 97 a même converti à ce goût unique les plus réticents d’entre nous. Il est vrai que le vin jaune est un vin « d’éducation » peu accessible et même difficile, au premier abord, de par ses arômes oxydatifs. Mais lorsque l’on est convaincu, on est « fan » pour toujours !

L’après-midi est consacrée à Stéphane Tissot. Le Domaine, au nom de ses parents (André et Mireille Tissot) est également situé sur la minuscule commune de Montigny les Arsures. Stéphane Tissot est aujourd’hui propriétaire d’un patrimoine de vignes de plus de 40 hectares, situées sur les plus beaux terroirs des appellations Arbois, Côtes du Jura et même sur Château Chalon au Sud. Le Domaine est entièrement cultivé en biodynamie, Stéphane Tissot étant même un des grands défenseurs français de cette méthode.

Après un passage fort instructif dans les vignes de la propriété, place à la dégustation. Stéphane Tissot, débordant d’énergie, est en recherche permanente. Preuve en est avec pas moins de 30 cuvées différentes sur le Domaine ! Nous commençons avec les chardonnays en sélections parcellaire : Mailloche, Graviers, Tour de Curon et « Surcis », une vigne de Chardonnay sur Château Chalon (appelée ainsi car généralement à Château Chalon on ne plante que du Savagnin pour élaborer des vins jaunes) donnant un vin d’une grande pureté. La dégustation des rouges nous dévoile des vins plus sombres et plus structurés que ceux de Jacques Puffeney. Les trousseaus sont même assez serrés, avec une trame tannique importante. Les jaunes, en Spois et Bruyères sont fins, le Crémant du Jura quant à lui est époustouflant d’équilibre et de fraîcheur. « Spirale », la cuvée élaborée en vin de paille est, malgré le sucre résiduel très important, un exemple d’harmonie.

Notre prochain voyage dans ce vignoble devrait nous mener au Domaine Jean Macle à Château Chalon. Nous aurons alors une vision très précise des vins que produisent actuellement, selon nous, les trois vignerons les plus doués du Jura.

Izumi CHINEN, Dominique PLJESA, Jean-François LE MOINE et Pierre BEROT

Promenade en Côte Chalonnaise

Promenade en Côte Chalonnaise

Jeudi 14 octobre 2010

 

Malgré les grèves, notre train est confirmé, direction le Creusot. Un épais brouillard pendant le voyage se dissipe à notre arrivée dans la Côte Chalonnaise.

L'occasion pour nous de redécouvrir ce terroir méconnu de la Bourgogne (pourtant plein d'avenir) et tester le millésime 2009 annoncé comme très grand !

Située entre la Côte d'or et le Mâconnais, ce terroir est véritablement le prolongement de la Côte de Beaune, avec un paysage très vallonné qui se présente sous la forme d'ilots de vignobles.

Les sols argilo-calcaires proviennent du soubassement rocheux calcaire d'âge jurassique voire plus ancien.

Notre première visite se fera à Givry, en plein centre de la Côte Chalonnaise, chez Jean-Marc Joblot. Aujourd'hui, les chais sont en pleine effervescence : le renouvellement des barriques. Sans le revendiquer officiellement, le domaine est en culture bio et attache une grande importance au travail de la vigne, ce que Jean-Marc Joblot nous explique avec une grande ferveur. Les vins sont harmonieux et gourmands, à noter en particulier la cuvée « Pied de Chaume », hymne à l'équilibre, aux arômes de cerise noire et légèrement poivré. Une famille de vignerons passionnés et perfectionnistes pour des vins exemplaires !

Nous reprenons ensuite la route pour le village de Mercurey à environ dix kilomètres plus au nord.

A noter notre halte déjeuner au « Mercurey », petit restaurant de village qui ne paye pas de mine mais où nous avons dégusté de magnifiques spécialités bourguignonnes, agrémentées de la bonne humeur du patron aux fourneaux.

A 14 heures nous retrouvons Laurent Juillot, digne héritier de Michel qui, malgré une retraite bien méritée, garde toujours un oeil bienveillant sur le Domaine familial. Fort de ses 32 hectares, le vignoble produit essentiellement des Mercurey blancs et rouges, mais aussi de l'Aloxe Corton, du Corton Charlemagne et du Corton-Perrières. Laurent Juillot nous emmène au cœur des ses vignes pour y découvrir les subtilités de ses différentes parcelles : Clos des Barraults, Clos Tonnerre, Vignes de Maillonge, Champs Martin. Puis, nous dégustons les 2009 encore en élevage, pour découvrir des vins riches et croquants, présentant un très beau potentiel. Nous aurons même droit à des Champs Martin 2002 et Clos des Barraults 2003 en magnum, pour juger sur pièce de la capacité de vieillissement des vins…

Enfin Rully, typique petit village bourguignon, pour rencontrer Vincent Dureuil-Janthial. Un domaine qui s’étend sur 17 hectares et 21 terroirs différents, principalement en AOC Rully, mais également en Puligny et Nuits-Saint-Georges. Un jeune vigneron à l’image du renouveau de ce terroir, modeste, précis et sûr dans ses choix. Le résultat : des vins frais, vifs, authentiques, à l’équilibre parfait. Même son Bourgogne Aligoté nous a bluffés ! Un coup de cœur ? Le Rully 1er Cru Meix Cadot 2009, un nez floral, une attaque franche, superbe longueur. A déguster bientôt aux Caves Taillevent !

Frédéric TURPAUD

Visite du Domaine Dr Loosen – Bernkastel, Mosel

Nous quittons donc les rives de la verte vallée de la Saar pour la majestueuse vallée de la Moselle. Les touristes, très présents à cette saison, ne se trompent pas : le décor est impressionnant et les pentes vertigineuses bordant la Moselle sont parsemées de vignes, on dit d’ailleurs que ce vignoble représente la plus longue étendue de vignes sans interruption d’Europe, pas de doute, nous sommes bel et bien arrivés dans le royaume du Riesling.

L’accueil est remarquable, Egon Müller nous avait prévenu : Ernst Loosen est un sacré personnage. Le magazine Britannique « Decanter » l’avait d’ailleurs consacré en 2005 : « Man of the Year » , récompensant alors son travail, son investissement, ses vins et sa personnalité.

« Ernie » Loosen a d’abord été à l’école du Vin de Geisenheim de 1977 à 1981 pour parfaire ses connaissances œnologiques. Mais très vite, il se destine à une toute autre carrière, car de 1981 à 1987, il suit des études d’Archéologie à Mainz. En 1986, son père tombe gravement malade et il lui demande de venir prendre les rênes du domaine, qui, à cette époque, est dans un piteux état, la réputation du Domaine n’est pas encore faite.

Le jeune Loosen débarqua donc avec des idées neuves et de nouvelles ambitions qui sauveront le domaine de la faillite. Le potentiel était certes là car la famille Loosen est  propriétaire de magnifiques crus classés dans différents villages de Moselle :

- Le Bernkasteler Lay à  Bernkastel

- Le Welhener Sonnenhur à  Wehlen

- L’Urziger Wurzgarten à Urzig

- Le Graacher Himmelreich à Graach

- L’Erderner  Treppchen à  Erden

- Erdener Pralat à Erden (le joyau de la propriété)

Nous aurons d’ailleurs la chance de parcourir tous ces crus un par un avant de passer à la dégustation des vins à table, ce qui donna un vrai sens à cette visite d’exception.

Remarque importante à donner au sujet des vignobles de Moselle : ici, le schiste (l’ardoise) est roi, en surface et en profondeur, le riesling apprécie ce sol qui lui apporte finesse et complexité… à contrario, le phylloxera, lui, ne peut pas survivre dans le schiste. Par conséquent, lorsque ce puceron a  dévasté la quasi totalité des vignobles européens à la fin du XIX siècle, la plupart des vignes de Moselle ont été épargné. La Moselle bénéficie donc aujourd’hui d’un héritage riche de vignes « non greffées », centenaires pour certaines et même plus pour d’autres… Peut-être est-ce la raison pour laquelle les Rieslings de Moselle sont sans doute les meilleurs au monde. 

Depuis 1996, Ernst Loosen est propriétaire du Domaine J.L. Wolf dans le Palatinat. Il est également consultant pour le Château Ste Michelle dans l’Etat de Washington (USA), mais son dernier challenge est celui du cœur car il voue une véritable passion pour le Pinot Noir. Ne pouvant et ne souhaitant pas acheter en Bourgogne, il a investit au côté d’un jeune vigneron de l’Oregon,     Jay Somers, au domaine J. Christopher Wines. Apres notre délicieuse cure de Riesling, nous avons dégusté, le soir même, ce Pinot Noir d’Oregon : la Bourgogne reste maitresse en la matière, je vous l’accorde… mais elle n’est plus seule : l’Oregon, a l’instar de la région d’Otago en Nouvelle Zélande, a bel et bien appris à dompter le Pinot Noir.

Jean-François Le Moine, Chef Sommelier du Restaurant Taillevent